Pratique · 12 novembre 2025 · 2 min
Le WhatsApp qui déborde
Trois cent quarante messages non lus dans le groupe "La maison ❤️". Personne ne va remonter, et c'est précisément le problème.
par Simon
Le groupe WhatsApp de notre famille s'appelle « La datcha ❤️ ». Onze membres, dont deux qui ne parlent jamais. À l'instant où j'écris, j'ai 412 messages non lus. Je ne remonterai pas. Mes cousines non plus. Personne ne le fait jamais.
Le truc paradoxal, c'est que le groupe est très utile par ailleurs. Il sert à envoyer des photos du coucher de soleil, à demander si quelqu'un a vu les ciseaux à ongles bleus, à transférer une vidéo absurde d'un ami d'un cousin, à souhaiter joyeux anniversaire à trois personnes par an, à signaler que la famille X est sur la route et arrive vers 18h. C'est de la convivialité fluide, et c'est précieux. Il n'y a aucune raison de vouloir s'en passer.
Le problème commence quand on essaie d'y caler des décisions opérationnelles. Le message « bon, est-ce que vous êtes d'accord pour qu'on prenne la semaine du 14 au 21 août ? » va être enseveli par une photo du chat trois minutes plus tard. Et quand quelqu'un, deux jours après, demande « du coup vous y êtes du 14 au 21 ? », personne ne sait plus, et personne n'a la patience de remonter le fil de quatre-vingt-douze messages pour vérifier.
J'ai compté, sur six mois dans le groupe de mes parents : douze fois exactement, quelqu'un a reposé une question dont la réponse était déjà dans le fil. Douze fois sur six mois. C'est gigantesque.
Ce qu'on essaie de faire, ce n'est pas de tuer WhatsApp. Tu peux pas, et tu dois pas. Mais sortir les décisions structurelles du fil conversationnel, ça oui. Quand le calendrier vit ailleurs, le groupe WhatsApp redevient ce qu'il devait être : un endroit pour les photos de coucher de soleil et les histoires de ciseaux à ongles. C'est ça la promesse modeste.
Je rêve d'un mois où le groupe famille ne contient absolument aucun message d'organisation. Pas un seul. Je ne suis pas encore arrivé là.