Vérités terrain · 26 octobre 2025 · 2 min
Le cousin qui ne vient jamais
Pendant que quatre familles se serrent pour caler leurs deux semaines, lui n'a pas mis les pieds là depuis 2019. C'est un sujet, et personne n'ose le poser à table.
par Simon
Mon cousin germain habite à Berlin depuis 2008. Deux enfants, un travail qui ne lui laisse que peu de week-ends, et un beau-père malade en Allemagne. La dernière fois qu'il est venu à la maison familiale, c'était en juillet 2019, trois jours. Depuis, quand on se voit aux fêtes, il dit toujours « faut qu'on s'organise un truc à la maison, c'est ridicule que j'y aille pas » et puis ça ne se fait pas. Ce n'est pas qu'il s'en fiche. C'est qu'il a sa vie ailleurs, et que les week-ends de mai sont déjà pris par les communions des enfants à Charlottenburg.
Mon cousin est quand même indivisaire. Il paie sa quote-part de la taxe foncière. Il a payé son sixième pour le ravalement de 2022. Il participe aux décisions de travaux par mail, en général en disant « je vous fais confiance ». Pendant ce temps, sa branche de la famille à lui (sa sœur, ses parents) profite peu de la maison aussi, parce qu'ils suivent un peu son rythme. Et nous on est quatre familles à se serrer pour les deux semaines de juillet et août.
Personne n'aborde le sujet frontalement. La phrase qui serait honnête, ça serait quelque chose comme « tu paies, tu profites peu, et ça nous gêne autant que ça doit te gêner ». Personne ne va dire ça. Ce serait blessant pour lui (alors qu'il n'a rien fait de mal), et ça poserait un précédent qu'on n'a pas envie de poser (« ce que tu payes ouvre des droits proportionnels à ce que tu prends » — on ne veut pas de cette logique-là dans une maison de famille).
Donc on ne dit rien, et ça crée un ressentiment diffus. Quelqu'un fait remarquer, à demi-mot, en gérant la facture du fioul, que la cuve est consommée presque entièrement par ceux qui y vont l'hiver. Personne ne creuse. C'est comme ça que les familles s'usent.
Ce qu'on a remarqué — sur quelques familles, c'est anecdotique mais ça revient — c'est qu'un calendrier visible aide un peu, même dans ce cas-là. Le cousin lointain voit que la maison vit. Il voit qu'elle est utilisée régulièrement, par qui. Et parfois, parce qu'il a vu sur son téléphone qu'une semaine de septembre était libre, il revient. Pas tous les ans, pas systématiquement. Mais le geste « j'ai vu en passant qu'il y avait de la place » remplace le geste « j'ai pas eu le temps de demander ».
Ce n'est pas un miracle. C'est juste un petit truc de plus du côté du « venir » contre le côté du « ne pas venir ». Sur dix ans, ça finit par compter.